Vote éléctronique, quelques commentaires

Ce matin, dans Ouest-France, je lis un article à propos du vote électronique. Cet article évoque la situation de Couëron, ville que je connais bien, pour y avoir habité quelques années. L'article reprend les propos d'un élu à l'origine du choix de machines de votes sur la commune.

Devant les grossières erreurs soutenues, je ne peux m'empêcher de réagir :

  • Pour moi, c'est une grosse calculette, rien de plus. : première erreur. Les machines de vote électronique ne sont pas de simples calculettes un peu plus volumineuses. Ce sont de véritables ordinateurs, avec tous les problèmes de fiabilité et de sécurité que cela peut poser.
  • Il y en a qui regrettent peut-être la joyeuse époque du dépouillement, mais la réalité, c'est qu'il est de plus en plus difficile de trouver des volontaires et que les comptages s'éternisaient tard dans la nuit. : Bien entendu, il faut des bénévoles pour assurer la bonne tenue des bureaux de vote. Je ne nie pas que ça puisse être un problème. Ceci dit, il m'est arrivé, à Couëron, alors qu'un élu me l'avait demandé, d'aller à 8 heures du matin pour être assesseur dans un bureau de vote (le n°11, pour ceux que ça intéresse), et m'entendre dire qu'il y avait déjà suffisamment de monde. Mon cas est bien sûr isolé, mais il me semble qu'il y a suffisamment de monde à Couëron pour tenir les bureaux de vote.
  • Il est curieux que ceux qui utilisent quotidiennement des réseaux informatiques pour leur carte bancaire nourrissent de telles craintes. : Alors là, non, c'est vraiment trop gros. J'utilise très régulièrement des systèmes et réseaux informatiques, de par mon métier, et j'utilise une carte de paiement électronique pour beaucoup de choses, y compris sur Internet. Mais le vote électronique n'a absolument rien à voir : le principe de base de la sécurité informatique est la traçabilité des événements, il est donc totalement impossible de payer avec une carte bancaire de façon anonyme. De même, lorsque nous envoyons un e-mail, il est très facile de savoir d'où est parti le message et quel est le chemin pris. Tout ceci est technique essentiel, et encadré par la loi depuis plusieurs années. Au contraire, le vote, dans notre démocratie, est, et doit être, anonyme. Il est dans ce cas impossible d'assurer une traçabilité, qui est interdite par la loi. La comparaison avec les cartes bancaires est donc complètement absurde, et montre bien l'incompétence de l'élu qui tient ces propos.
  • Toutes les expérimentations conduites, notamment à Brest, se sont montrées positives et le Conseil constitutionnel s'est déjà prononcé favorablement. Les machines à voter sont testées et agréées. : Toutes les expériences ne sont pas si positives. Au contraire, plusieurs expériences montrent les failles et les problèmes potentiels de ces machines, notamment le modèle qui sera utilisé à Couëron. Les machines ne sont pas testées : seul un modèle a été testé et agrée, et non pas tous les modèles. Et je ne parle même de l'aspect fermé du contenu, en terme de matériel comme de logiciel.

Le fait que ces machines soient simples à utiliser, et notamment le fait qu'elles soient accessibles, peut être un aspect positif. Cela dit, je suis bien placé pour savoir que tout ceci est tout à fait relatif. Ca n'est effectivement pas plus compliqué que d'enregistrer un programme TV sur son magnétoscope, de programmer sa machine à laver, ou d'envoyer un e-mail. Et beaucoup de gens font des choses beaucoup plus compliquées dans leur vie de tous les jours. Mais je ne vois pas comment ça peut être plus simple que de glisser un papier dans une enveloppe, puis l'enveloppe dans une urne.

Concernant le côté écologique, on économise du papier qui est de toute façon recyclable. Mais quel est le cout écologique de ces machines ? Mesdames et Messieurs les quatre élus Verts de la municipalité couëronnaise, vous qui avez voté pour ces machines, avez-vous étudié l'aspect écologique de ces machines ? Je retire ma question aux élus Verts, après avoir lu qu'ils reconnaissent s'être trompés sur ce choix.

En fait, je m'aperçois que les problèmes posés par ces machines de votes électroniques sont surtout compris par des informaticiens. Ce sont des gens qui par leur métier sont amenés à comprendre et prendre en compte les problèmes posés par les traitements numériques des informations. Les non-informaticiens ne voient pas le problème, mais ils râlent quand il y a des virus informatiques et quand ils se font pirater leurs cartes bancaires. Et il s'avère qu'effectivement, le vote électronique pose des problèmes qui sont probablement suffisamment complexes pour qu'un non-informaticien puisse les appréhender. Ceci pose donc un vrai problème de démocratie : seule une partie de la population est en mesure de maitriser la question, et sans aucun doute, à terme, une partie encore plus petite en mesure de contrôler le système de votes : ceux qui connaissent la technique, et ceux qui peuvent les payer ! Il est basé sur la confiance que l'on met dans une entreprise privée, dont les intérêts ne sont pas forcément ceux de notre démocratie, et dans les mains de quelques politiciens au pouvoir, dont on sait qu'il ne l'exerce pas toujours dans l'intérêt de tous.

Le système de vote actuel, avec des bulletins de vote en papier, et des urnes, est au contraire parfaitement compréhensible par tous. Il est indispensable de le conserver.

Le système de vote électronique n'est pas une évolution, c'est une régression. Ce n'est pas un progrès, c'est un recul. L'histoire ne retient pas les échecs que la "modernité " essaie de nous apporter. J'espère que ce système de vote sera rapidement oublié, et derrière nous.

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